JS nav_user :
$_SESSION[nav_user] :

Le privé et le logement en particulier sont deux domaines que nous n’avons pas rencontrés souvent depuis la création de l’agence. C’est à l’occasion d’une opération d’Ecoquartier exemplaire que la mairie de Bordeaux impose à Bouygues aménagement l’organisation d’un concours privé pour choisir l’Architecte de l’îlôt B3. L’agence remporte le concours. Le logement est un pan complet de la production architecturale ou aucune généralité n’est permise. Chaque opération est unique, chaque montage ausi.

Bordeaux prouve les exigences des municipalités qui imposent au système de promotion privé un certain niveau architectural dans la composition des quartiers de logements et des logements eux-mêmes, pour éviter les effets ZAC et ZUP de la seconde moitié du XXe siècle. Et Bordeaux fut un concours privé que nous remportâmes devant les agences forts respectables et reconnues. Notre option a simplement suivi et précisé le plan de masse des architectes urbanistes responsables du projet Eco quartier.

Le logement est rarement novateur, sauf à certaines périodes de remise en question forte des sociétés. Le logement, c’est de l’argent, oui dans la mesure où la rémunération de celui qui le vend est en moyenne deux fois supérieure à celle de celui qui le conçoit ! D’autre part, ce qui distingue une opération d’une autre doit être à la marge en termes de dépenses d’investissement, et relayé par un système de communication musclé, qui augmente l’effet sans bourse délier. La basse consommation énergétique est une problématique qui date du 1er « choc » pétrolier du siècle dernier. Depuis, les structures économiques ont pu exploiter le filon. Les RT 2005, puis 2012, en sont un exemple. On est encore loin de ce que pratique nos cousins Allemand en terme de labels et d’isolations. En France, l’isolation des systèmes de fondations n’est pas encore à l’ordre du jour, il faudra sans doute attendre la Réglementation Thermique 2030.

Le logement, c’est souvent l’investissement d’une vie. Une vie d’homme dans un logement, c’est 50 à 70 ans. Comment reconvertir les logements en bureau ou en mixité ou les bureaux en logements ou en bureaux ou en mixité, voilà des questions de ville dont presque personne ne parle. Comment gérer la voiture, son stationnement, sa mutualisation ? Comment gérer l’eau potable, grise, etc. …. minérale ? Le logement est en dessous du seuil de perfectibilité, car géré par des normes issues de lobbies industriels.

Mon rêve, ce n’est pas de limites, c’est une pensée des meilleures conditions techniques de production de logement. L’investissement est digéré dans des délais très courts qui sont deux à trois fois moins importants que la vie du logement. L’expérience de Bordeaux nous a enseigné les limites de l’exercice, sur lequel on plaque une image d’excellence pour arriver aux mêmes frontières que les autres. Frontières qui se nomment commercialisation, plans de ventes, acte notarié, propriété… L’imagination et la générosité s’essouffle dans un dispositif on ne peut plus consensuel où l’acteur final est racketté par un système qu’il a peu cautionné. Où sont les expériences libres des condominiums d’antan où quelques familles se réunissaient autour d’un architecte pour produire leur lieu de vie ? Une fois de plus, la consommation a gagné un labélisant le rêve, en récupérant l’écume de la pensée écologique pour la livrer en pâture à l’économie de marché.

Ce qui nous motive c’est d’abord de construire la ville en pensant aux extérieurs du projet, à son contexte, ses abords, son implantation. Ce qui nous motive ensuite, c’est le rapport du logement à l’usage, de ne pas contrarier ce dernier sous prétexte d’architecture, mais l’acompagner grâce à une pensée architecturale permanente, sur la capacité du lieu à recevoir l’habité. C’est le message que vous avons poursuivi lors de ce projet, et avec lequel nous continuerons à oeuvrer, pour dépasser le risque de banalisation d’une production architecturale, surtout celle du logement, qui a toujours fluctué entre médiocrité et héroisme…

Si l’histoire de l’architecture a voulue que le XXe siècle voie sur le territoire national de nombreuses réalisations de référence en matière de logement, force est de constater que pour le XXIe siècle nous disposons d’un handicap certain. Nous souhaitons tous que les greffes d’éco quartiers prennent, et que la densification des cœurs urbains soit pensée par des acteurs responsables, usagers, maîtres d’ouvrage, architectes, urbanistes, paysagistes…

Par Pascal Laporte