12/2018 Publication

Publication / Terres rares

L’urbanisation envahit l’équivalent d’un département français tous les sept ans. En France, tout est à priori constructible, sauf les zones classées.
Et si cela devenait le contraire ?
Si tout devenait inconstructible ?

Et si pour construire il fallait donner la preuve qu’il n’y a pas d’autre solution. Rendre inconstructible ce qui est encore naturel obligerait à voir la réalité autrement. Alors un autre regard serait porté sur le territoire.
Alors chacun découvrirait que la ville et surtout sa périphérie sont des gisements de densification urbaine et humaine. Nous serions devenus attentifs aux mutations des “zones commerciales”qui défigurent nos entrées de villes, attentifs à la vacance des centres anciens privés de vie qui dépérissent dans nos régions. Alors chacun saurait que l’extension sans fin des lotissements n’est pas inéluctable. Utopie, bien sûr ! Pas vraiment, d’autres pays ont fait des choix différents, les grandes surfaces de périphérie n’existent pas et restent au cœur des villes. Il existe des exemples convaincants de mixité, de surfaces commerciales associées à des bureaux, des logements, ou des hôtels. La superposition évite l’étalement, libère le sol, préserve sa porosité, favorise la nature, promeut l’agriculture. Au terme de ce processus vertueux et économe c’est l’homme qui y trouve son compte. Retour d’un processus du rapport respectueux des territoires qui nous accueillent. Il faut imaginer autrement l’habitat, proposer des alternatives aux grappes de lotissements qui tissent nos villes à perte de vue. Si les citadins continuent à fuir les villes pour retourner à la campagne, il existe d’autres moyens pour leur offrir un petit morceau de nature. Il faut éviter la dispersion de l’habitat, la transformation des espaces naturels en routes et parkings, bannir l’isolement amplificateur des déplacements en voiture. Partout en Europe se multiplie les exemples de nouvelles densités. Mieux encore que le pavillon solitaire, de nouveaux immeubles associent les vertus de la maison et du petit jardin. Au grignotage implacable des campagnes, la ville dense est la seule réponse. Pas une densité du portefeuille et des intérêts immédiats, mais une densité pensée, organisée, comme ont pu l’être certaines révolutions urbaines des époques passées. Il est impératif que la ville dense, à travers sa beauté retrouvée, puisse à nouveau porter l’émotion et le rêve. Il est impératif de mutualiser, d’économiser, de densifier pour dépenser au plus juste les surfaces naturelles proches du cœur de nos villes et ce pour le “bonheur” des hommes.»