10/2020 EvènementsNon classifié(e)Publication

Publication | discours de remerciements

Dans le cadre de la remise de la médaille d’Or de l’Académie française d’architecture à Corinne Vezzoni, le 2 septembre 2020, nous vous proposons de retrouver son discours de remerciements.

« Madame La Ministre,
Monsieur le Président de l’Académie, chers Académiciens,

Merci ! Merci à tous.
Ma reconnaissance et ma gratitude toute particulière à vous, chère Christiane, Cher Pierre, pour ces mots chaleureux qui rejaillissent sur mes fidèles associés et tous nos collaborateurs.

Mes remerciements à vous les membres du jury, qui mettez à l’honneur des parcours singuliers qui baignent dans le jus des territoires et des cultures à travers le monde.
Je pense ainsi à ceux qui m’ont précédé, les mexicains Mauricio Rocha et Gabriella Carrillo. Leurs travaux sur la couleur, sur les matériaux locaux, sur le motif, défendent l’idée toujours actuelle que l’architecture est d’abord un Art.
Dois-je vous dire, que d’une certaine façon je rejoins cette posture ? Comme pour nombre des membres de cette Académie, ma démarche est toujours fondée sur deux convictions.
La première, c’est l’ancrage dans les fondamentaux de l’histoire de l’Architecture.
La seconde, c’est la participation permanente aux évolutions de la société contemporaine.

D’un côté nous devons rester tous rassemblés sur ce qui défie le temps, à savoir la proportion, la lumière, l’apesanteur, le mystère, l’émotion.
D’un autre, nous devons être plus que jamais présents dans le débat public et l’approche pluridisciplinaire.

L’architecte d’aujourd’hui est, au sens anglo-saxon, un « conductor ». Il doit à la fois comprendre et guider, et répondre aux aspirations du genre humain. Comment demain allons-nous nous loger, nous nourrir, nous soigner, nous éduquer, nous déplacer ?
En un mot, comment allons-nous vivre avec le souci permanent de ralentir la surconsommation et l’épuisement des ressources naturelles, forestières, hydriques, marines ?
Je pense, à ce titre, à l‘un des Grands Prix de l’Académie d’il y a 10 ans : le chinois Wang Shu qui réinterprète l’architecture traditionnelle locale par le recyclage des matériaux issus des démolitions massives. Il réutilise les traditions rurales dans un langage contemporain.
Pour ma part, je m’acharne à économiser la consommation d’espace et à éviter la minéralisation des sols.

Le lycée Simone Veil, dans les faubourgs de Marseille, achevé il y a 3 ans en est un exemple. Il profite de la déclivité du site pour s’étager en restanques successives. Les jardins, les cours de récréation, les parvis, les aires de stationnements sont installés sur les toits. Ainsi fait, nous avons restitué au site la moitié du terrain proposé tout en limitant le ruissellement des eaux d’orages.

Et puis comme le disait Jacques Brel dans la chanson il y a, il y a Frida
Et bien pour moi, chers amis, il y a, il y a la Méditerranée
La Méditerranée présente, jamais absente.
Elle est la mèr(e) de mes pensées.

C’est une chance inouïe, croyez le bien, de vivre les pieds dans son élément et la tête au soleil.
Ce soleil qu’il faut accueillir et dont il faut en même temps se protéger. Tamiser la lumière est un art ancestral, comme se protéger des vents chauds et froids, humides et secs.
D’où cette notion d’abri, d’ombres, d’intimité qui se traduit par cette forme de mystère et de pudeur.
J’habite sur le rivage, à deux jets de pierre des calanques, temple de la minéralité et de l’aridité. C’est une nature sauvage, parfois violente, présente tout autour de la marée nostrum. La pente y est permanente et l’épaisseur, la règle. Sans doute ai-je puisé là l’envie de travailler le béton sous toutes ses formes, à l’extérieur mais aussi à l‘intérieur, sa fluidité, mais aussi sa solidité.
Peut-être aussi par l’installation de ma première agence dans la cité Radieuse.

Voilà Madame la Ministre expliqué ce parcours d’une archiméditérannéenne.
Art et culture populaire, voilà nos repères qui tracent notre route au milieu de ce tumulte du quotidien.
Votre reconnaissance est un immense honneur pour nous tous et pour moi en particulier. Vous avez en maintes occasions donné l’exemple du courage et de la vertu.
Les deux manquent souvent dans la société d’aujourd’hui.
L’Architecture est comme la République, un idéal inachevé. L’Architecture est comme la morale, elle se nourrit d’actes. Elle est pratique et se pratique.
Comme la philosophe Chantal Delsol, je crois que l’identité culturelle ne peut être ni honteuse, ni coupable.
Plus les choses manquent, plus il faut les mots pour dire.
C’est en cet après-midi d’automne quelques-uns des mots que je voulais porter.

Merci Madame la Ministre, Monsieur Le Président, merci à tous. »

Corinne Vezzoni

Télécharger le discours de Corinne Vezzoni